Le Sisyphe de coton…
Spolié par sa famille, réduit à la misère ainsi que sa mère, Milarépa s’enfuit et prépare sa vengeance dans les arcanes de la magie noire. Résultat : trente-cinq morts… Moins subtil que Monte Cristo mais efficace.
C’est pour cette raison que le voilà juché sur son échelle immense bâtissant d’innombrables tours et les détruisant perpétuellement sur les ordres de son maître Marpa. Sisyphe pousse son rocher sur sa pente perpétuellement, Milarépa, lui, bâtit des tours qu’il détruit une fois terminées. Ici, il n’est pas question d’expiation, l’expiation est pour les chrétiens. Non, le calvaire de Milarépa consiste à dissoudre la rage qui le ronge… Ne pas confondre, le Golgotha n’est pas un sommet de l’Himalaya et faire disparaître son courroux est une pratique difficile mais souveraine, c’est un homme qui a été en colère pendant quelques décennies qui vous le dit!
Et voilà qu’un jour, Milarépa s’arrête. Il regarde l’horizon d’un œil neuf, il atteint le point de délivrance. Été comme hiver, vêtu d’une simple robe de coton, il a transformé sa marche verticale en périple sans fardeau et sans douleur. De son expérience il tirera un récit : Les Cent Mille chants et inspirera d’innombrables funambules de l’existence dont je fais partie.
Mila “repa”, Mila “coton”, l'irascible vengeur devenu un sage éclairé… Sans échelle, il s’élève à l’instar du koan zen : “Quand tu as atteint le sommet de la montagne, continue à grimper!”
Plus loin, bien plus loin, nous partagerons le bivouac avec Guillaume d'Ockham mais ça, selon l’expression consacrée, c’est une autre histoire…
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